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Le pâle soleil
Dissipe un sommeil
De givre.
Je rêve d’ailleurs,
De pays meilleurs
Où vivre.
Ma fuite est légère
Dans la ville où j’erre
Sans fin,
Sur la place nue
Où je t’ai connue
Enfin.
Sous le pont de pierres
Mouraient les lumières
Du soir,
Et les mandolines
Egrenaient câlines
L’espoir.
Dans l’ombre les vasques
Reflétaient les masques
Secrets,
Comme ton visage
Aux miroirs sans âge,
Discrets.
Aujourd’hui Venise
Dans l’eau agonise
D’ennui,
Vaine barcarolle,
Funèbre gondole
Qui fuit.
Le palais en ruine
Se ronge à la bruine
D’hiver,
Le temps le menace
Comme fait tenace
Un ver.
Malgré l’envie folle
D’une vie frivole
La nuit,
Ai-je l’âme prête
A quitter la fête
Sans bruit ?
Qui peut me conduire,
Si m’ont pu séduire
Leurs cieux,
Aux mondes antiques
Où vivent mythiques
Les dieux?
Voyageur futile,
Irai-je vers l'île
Délos,
A la roche aride
Où règne torride
Hélios?
Si la voile aurique,
Sous le vent magique
D’hier,
Dans l’azur des dômes
S’enfle au bout des bômes
En mer,
Mon âme est sereine
Au chant de sirène
Perverse,
Murmurant tout bas
De fuir en ses bras
D’eau perse.
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