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Bleue est la mer d’où viennent les oiseaux,
Horde pillarde,
Blanche arabesque ainsi naissant des eaux,
Vive et criarde.
Là, des enfants, dans les déchets, sans bruit,
Trient pêle-mêle,
Mornes, courbés, oublieux de la nuit
Pourtant si belle.
Ils sont venus sur l’amas d’immondices,
Sans fin fouillant
Sans un espoir ces hideux édifices
Au noir relent.
Est-ce ainsi vivre, et qui les a conduits
Dans ces poubelles,
Mornes, courbés, insoucieux des nuits
Pourtant si belles?
D'autres, ailleurs, dans une soufrière,
Gouffre profond,
Jaunis au soufre en cette fourmilière
Sombre et sans fond,
Grimpent sans fin à l'à-pic de ce puits,
Ombres si frêles,
Mornes, brisés, insoucieux des nuits
Pourtant si belles .
Chacun hissant, hissant hors de la tombe
Son lourd fardeau,
Jour après jour dans la fosse retombe,
Bât sur le dos.
Ainsi vont-ils, ignorant qui les suit
Sur leur échelle,
Mornes, brisés, oublieux de la nuit
Pourtant si belle.
Mais autour d'eux courbés sous leur carcan,
Les fumerolles
S’ouvrent aussi comme au flanc d'un volcan
D'âcres corolles.
Perdus, sans rêve, ils ignorent où fuit
Telle hirondelle,
Mornes, brisés, oublieux de la nuit
Pourtant si belle.
Muscles noués, poumons rongés, brûlés
Et l'oeil hagard,
Savent-ils bien, tous ces destins volés,
Que tôt ou tard
Ils tomberont, comme grappe de fruit
Au vent chancelle,
Mornes, brisés, oubliés dans la nuit
Pourtant si belle?
Si loin la mer où naissent les oiseaux
Avec l’aurore,
Si loin les lacs où croissent les roseaux
Qu’un soir mordore…
Tant de damnés que le malheur détruit,
Que l’ombre cèle,
Agonisant, sans s’ouvrir à la nuit
Qui les constelle...
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