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Ce fut le temps de bienveillance,
Mon olivier d’éternité,
Les dieux n’étaient que prévenance
Dans la splendeur du bel été.
Rien ne mentait sous la lumière
Et dans la paix de la clairière
Tu fus le chant de la rivière
Qui murmurait mon avenir.
Oubli du monde, oubli des brumes,
Tu fis l'espace où nous vécûmes,
Où nous mêlâmes nos écumes
Au gai ruisseau du souvenir.
Fraîche source ombreuse,
Candide oasis,
Babillait sous l'yeuse
Et rêvait heureuse
En mes bras jadis.
Quelle connivence,
Comme un divin don,
Combla de silence
Toute l'âme intense
Pleine d'abandon?
Ce fut le temps miraculeux
De nos plaisirs en florilège,
Et de l'anneau si fabuleux
Agit sur nous le sortilège.
En l’invisible enfin fondus
Et l'un à l'autre confondus,
Comme en un rêve, au loin perdus,
Nous habitions la nébuleuse.
Mais la fontaine au chant subtil
N'a plus bercé ce tendre exil.
S'en est allée en doux babil
L'ingrate et froide voyageuse.
Sente vagabonde
N’a plus d’horizon.
Mon aube inféconde,
Pâle moribonde,
N’a plus sa foison.
Au seuil de ma nuit,
Vers un crépuscule
Où rampe l’ennui,
Ma colombe a fui
L’ombre tentacule.
Viendra l’instant de déshérence
Pour l'olivier d'herbe envahi,
Au tronc noueux sans espérance
Où fut gravé un cœur trahi.
Qui songera que sous l’écorce
Secrètement le temps s’efforce,
Et qu’au berceau de branche torse
Sèche le nid de mes amours?
Sur l’immobile sans visage,
L’indifférence d'un nuage
Semblable à ceux où naît l'orage
Glisse légère au fil des jours.
Sur le sol natal
Où le temps le scelle,
Un tronc ancestral
Se glace au mistral.
Pour la tourterelle
Dont la gorge bat,
La racine avide
De mon coeur aride
Mène au sein du vide
L'ultime combat.
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