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Si je respire avec lenteur,
Diffuse en l'air en sa langueur,
L'âme qui sort de l'aubépine,
Voici que parle au vent du soir
Une voix frêle à m’émouvoir
Lorsque s'endort notre colline.
Je ne sais si la femme-enfant
De tant d'ivresse se défend,
Mais seule en soi se balbutie
Tous les tumultes de son corps.
Quand reviendront les doux accords
Qu’elle vécut, l’âme transie?
A l’heure même où tout s'absout
En ma fontaine et se dissout,
Glisse la nuit, la voyageuse,
D'insectes clairs respendissant
Dans l’inconnu, sans fin naissant
A tant de noms, ô Bételgeuse !
Ciel constellé que l’œil effeuille
En un silence au bruit de feuille
Dans l'ombre enfante harmonieux,
Fidèlement à mon image,
L’épaisse paix de ce mirage
Si loin que vont perdus mes yeux.
Ce n’est pour moi que vaine errance
Tandis que brille l'espérance
Aux lointains proches mais profonds.
Ce monde entier que j’élabore,
N'est-il en moi que métaphore
Et le miroir de mon tréfonds?
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Il m’a fallu ceindre Saturne
De glace où gît le taciturne.
Dans ce désert, brille l’idée
Qu’en purs anneaux la vie confuse
Enroule en moi qui me refuse
La nue ainsi élucidée.
En cette nuit de ma naissance,
Si lumineuse est l'ignorance
Dans un oubli de tout enjeu.
Je clos les yeux, je suis le monde,
Temps aboli, grâce féconde,
Puisque la vie n'est plus qu'un jeu.
Mais cependant que je consume
En mon secret mon amertume,
A l’infini, mystérieux
Sont les désastres d'une étoile,
Scintillement qui les dévoile
Dans leur fracas silencieux.
Voici l’éclair qui scinde à vif
La sainte soie de ce silence.
Vibre la chair, fragile esquif,
Que l’âme toute en vigilance
Sous le reflux sempiternel
Pressent béante à l’éternel.
Quand tous les songes font le soir,
Quelle puissance a pu surseoir,
Astres muets si lents aux cieux,
A la spirale de ma chute,
Vertigineuse et vaine lutte
Au terme échu où sont les dieux ? |