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Dans ce
pays que
ma race domine,
Jailli du
roc d'un élan triomphal
Sur ce piton où sa gloire
culmine,
Je dresse, altier, mon château
ancestral.
Hors de mon
fief que hante le mistral,
J’ai
guerroyé pour notre foi chrétienne
Aux temps
lointains des menaces païennes,
Si loin
de toi
pleurant à mon départ.
Où sont nos
ris, ta grâce aérienne,
(2)
Ô blanche
reine en rêve
de brocart?
Meurtres, combats, pillages et
rapines,
N’ont qu’effleuré ce front
monumental,
Et dans les bois, les taillis, les
ravines,
Je chasse encore à courre un cerf
royal.
Suis-je un reflet du songe
immémorial
Que par tant d’yeux, afin qu’il m’en
souvienne,
J’ai pu nourrir de ma force
terrienne?
Tous mes destins, dans les siècles
épars,
Les chantes-tu en longues
cantilènes,
Ô
blanche reine en rêve de
brocart ?
Sombre guetteur à la tour
sarrasine,
Je veille, absent, le donjon
féodal,
Si blanc là-haut sous la lune
opaline,
De tant d’orgueil, éternel
piédestal.
Illuminée, la chapelle
castrale
Charme ma nuit de paisibles
antiennes.
Rien n’a changé les ombres
musiciennes,
Ni les appels errant sur les
remparts,
Spectres naissant de mes vies
magiciennes,
Ô
douce reine en rêve de brocart.
Dieu ! Quel ennui ! Se peut-il que
revienne
L’étoile amie sur ma lignée
ancienne?
Je suis le roi, le mage
Balthazar,
Mais dans ma nuit il n’est plus que la
tienne,
Ô
blanche reine en rêve de brocart.
(1) :
étoile d'argent à seize branches: blason d'une seigneurie médiévale
de Provence, prétendant descendre de Balthazar.
(2) diérèse
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