Passion
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A propos...

 

 

   Je vis les vibrations, les stridences acides,

   Jusqu’à ce tintamarre extravagant d’ennui,

   Jusqu’aux ébranlements lourds,  et jusqu’à ce vide

   Où la haine et l’amour nouent leurs serpents, la nuit.

   Sinueuse vallée d’étrangers et de pierres…

   Dans l'énorme chaos, dans la foule qui tangue,

   Je m'affole, ébloui de criardes lumières.

   Où vont, comme extirpées de cette obscure gangue,

   De cette ombre abolie, ces passants qu’aigre presse

   Le désordre des bruits des pierreuses entrailles?

   Ô ville où je me perds, où se perd ma tendresse,

   Par mes pas nets, je te nie, sonore muraille!

 

   La seule  issue du silence s’ouvre, en soi-même,

   Délicat univers secrètement tissu

   D’un visage lointain qui me fait un poème

   Où je puise et j’épuise un songe que j’ai su...

   Ô son regard noyé dans mon regard qu'il sonde

   Où s'échange l'espoir de nos frêles prisons!

   Songe à l’unique toi surgi de la profonde

   Caverne ténébreuse où naissent tes raisons.

   Rêve la même mer aux mille lames lentes,

   Grondant au bord des rocs des rives accrochées,

   Murmurante rumeur sur le sable des sentes,

   Insinuante fuite aux rives approchées.

 

   Suis le vent versatile et qu’en rêvant fléchisse

   Ta pâle indifférence aux rythmes éternels.

   Si l’on demeure amer, que l’onde t’éblouisse

   Aux criques qui crissent de secrètes crécelles

   Eperdues de désir au vent de l’âcreté!

   Qu’il s’arrête...cède aux souffles...Le ciel s’assèche,

   S’éteint la crête...J’épure un soir ameuté

   D’un peuple d'ailes bleues, fugitives flammèches.

   Si brille ici l’essor au ciel qu’un pur cri pille,

   Quand jaillit la lumière aux creux salés des eaux,

   Si même sa chair nue sur la plage éparpille

   L’étincelante pluie de ses vivants réseaux,

 

 

 

   Que la belle onde  meuve sa féline échine!

   Elle erre, nonchalante aux tendres grappes belles,

   Beaux fruits, doux fruits, secrets aux profondes racines...

   Tant de pulpe amoureuse à mes mains si rebelle

   Me comble d’elle-même, à soi-même ravie.

   Si chaude, insinuée au profond de mes songes,

   Elle vient à ma lèvre y bercer mon envie,

   Et je rêve le geste achevant le mensonge.

   Mais elle glisse et frôle et jamais ne décide.

   L’oublieuse a roulé ma rumeur à la mer,

   Vaine vague venue au vent d’écume humide

   Qui noierait la charmeuse en mes remous amers.

 

   Puis l'ondine fléchit, vivante cime en flèche,

   Titube... Echo muet, j'écoute un vague gong...

   Achève l’indicible en frisson qui la lèche,

   Ténèbres sues soudain sous la griffure longue.

   Echo encore au loin... D'innombrables Gorgones,

   Grommelant sourdement, de vains éclairs grisées,

   Figent en gris granit des chênes de Dodone

   Telles sifflantes voix dans un fracas brisées!

   Qui monologue et se morfond ? D’un tel tourment

  Parte éblouissant l’arc, en cataracte craque,

   Aux horizons grondant interminablement,

   L’ivresse de ton corps à mon attente opaque!

 

   Par ce frissonnement qui scintille et m’enchante,

   Par la chair accablée en proie à l’autre vie,

   S’incarne la puissance, et te comble et me hante,

   Par notre double idole à jamais assouvie.

   Je ne puis qu’un mensonge invincible n’enlace

   Mes élans, mes reflux, mes craintes, mes ardeurs,

   Et n’émeuve pourtant en mes replis ta trace.

   Que naissent en retour d’anciennes candeurs,

   Clairs fantômes surgis de mes lointains que berce

   L’intime clapotis. Alors, tout sortilège

   Evaporé, mon corps aux purs moments exerce

   En paroles pesées son divin privilège.

 

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