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Pendant le sommeil, nous sommes dans le
ventre du monde comme un fœtus, sans la
conscience du temps et de
l’espace que nous retrouvons
au réveil, revenus à nous-mêmes,
c’est-à-dire
à l’esprit.
Par nos rêves, nous
devenons des Pythies et
rendons des oracles qui sont nos pêches miraculeuses dans un océan
inconnu qui n’a ni temps ni espace, c’est-à-dire aucun événement pris dans
ces deux formes de notre
sensibilité. Ni passé, ni futur, ni même un présent, mais l’inconcevable,
de quoi s’approche le chaos, et dont les rêves prémonitoires sont les
signes brouillés et les
transitions fragiles à notre
monde.
Et parce qu’il est une
parcelle du monde, notre corps apparaît comme le moyen de ces miracles.
Miracles pour l’esprit
éveillé, car le dormeur est un médium qui s’ignore et qui ne peut
douter.
La position de l’artiste est plutôt celle d’un rêveur
éveillé. Sa perception est vive, souvent exaltante, toujours perturbatrice
et parfois douloureuse.
Que nous soyons tous
« Supports du monde et roseaux que
l’air brise »
(*) , le conduit à une étonnante liberté face au
réel. Il est celui qui s’abstrait des sciences, des techniques, des
philosophies, des religions, des multiples structures des sociétés, qui
ont la lourde évidence des choses établies que nous appelons « le monde ». D’âge en âge,
tout ce qui s’y agrège ou s’y désagrège compose un ensemble certes
fluctuant, mais dont la structure générale rassure, comme le ciel étoilé.
Au-delà des évolutions ou des bouleversements, et des lectures variées que
nous en faisons, nous reconnaissons toujours « le monde » tel
qu’il ne cesse de nous apparaître, inévitable objet pour
tous.
Mais l’artiste perçoit que ces apparences ne sont pas données, et
que le monde n’est pas ce vaste objet dont il ne faudrait que découvrir
les secrets comme des trésors cachés. Il nous fait comprendre que le réel
est notre création permanente
qui peut évidemment avoir
une interprétation religieuse (*), et qu’il est fait
« de la même étoffe que nos rêves ». Ce qui le conduit
au-delà des apparences, fruits fades de l’habitude, à une simplification
étonnante de la réalité et à sa
re-création sous des formes nouvelles (*).
Dérisoire
illusion, puisque nul n’est dupe des artifices utilisés ? C’est tout
le contraire, car c’est en
l’artiste, source de toute forme, que le monde s’incarne pour exister enfin dans l’oeuvre. Et
c’est en elle - tableau, musique, statue, poème…- que l’Esprit se révèle au travail, dans
l’espace et le temps. Hors de l’Esprit, c’est l’inexistant, ce n’est
rien.
« La nature ne serait donc qu’un refus de la
création. »(*)
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