Idylle
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A propos...

" Jours devenus moments, moments filés de soie,                            Agréables soupirs, pleurs enfants de la joie."         (Adonis)

 

 

 

Le bonheur était simple en ce temps-là, ma douce,

         Quand nous allions main dans la main,  

Vers la berge ombragée, au pied du pont romain,

         Où coulait l’eau sur de la mousse.

 

Descendant  la  colline  en  ta  robe  de  lin,

Vivante au vent comme une gerbe,

Sculptée dans ses plis blancs dont l’aile frôlait l’herbe,

         Tu t’en venais de bon matin.    

 

Le soleil dévoilait et voilait  ta jeunesse

         Aux tendres souffles de la mer.

Sur le sentier poudreux, près des buissons amers,

         Ton pas dansait son allégresse.

 

Sous les pins parasols, des effluves charmeurs,

         Brûlants, montaient à nos narines.

Les cigales crissaient leurs ivresses marines

         Eperdument sous la chaleur.

 

Les agiles lézards sinuaient sur les pierres

         Puis se terraient sous les kermès,

Et comme un papillon voletait ta promesse

         Aux battements de tes paupières.

 

 Etendu, et fixant des verts cyprès la cime,

         Flèche infléchie infiniment,

J’écoutais sur ton sein pendant un long moment,

         De nos deux coeurs l’onde unanime.

        

Suspendue à ce bruit, sous la torpeur exquise

         Où se venait mourir le monde,

Tu respirais sans fin l’haleine vagabonde

         Des genêts jaunes sous la brise.

 

Puis, soudain, bondissant dans  l’envol de ton rire,

         Debout, féline sous le lin,     

Tendue pour une danse au son du tambourin,

         Tu devenais mon hétaïre.

 

  Comme elle recélait,  la chevelure blonde,

         Ta prunelle aiguë sous sa treille,

Et comme rougissait sous le dard de l’abeille

         Ta gorge nue en grappe ronde !

 

Puis venait cet instant de sereine candeur

         Où ton regard devenait vague.

On entendait au loin la  rumeur d’une vague

         Qui surgissait des profondeurs.

        

Ainsi, heure après heure, étrangers sur la terre,

         Près du ruisseau  qui se taisait,

Dans le creux  de nos bras quand l’amour s’apaisait,       

         Les pleurs faisaient un doux mystère.

 

Dis-moi, te souviens-tu de ce temps-là, ma douce,

         Quand nous allions main dans la main,  

Vers la berge ombragée, au pied du pont romain,

         Où coulait l’eau sur de la mousse ?

 

 

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