Le
bonheur était simple en ce temps-là, ma douce,
Quand nous allions main dans la main,
Vers la berge ombragée, au pied du pont
romain,
Où coulait l’eau sur de la mousse.
Descendant
la colline en ta robe de
lin,
Vivante au vent comme une
gerbe,
Sculptée dans ses plis blancs dont l’aile frôlait
l’herbe,
Tu t’en venais de bon matin.
Le soleil dévoilait et voilait ta
jeunesse
Aux tendres souffles de la
mer.
Sur le sentier poudreux, près des buissons
amers,
Ton pas dansait son allégresse.
Sous les pins parasols, des effluves
charmeurs,
Brûlants, montaient à nos
narines.
Les cigales crissaient leurs ivresses
marines
Eperdument sous la chaleur.
Les agiles lézards sinuaient sur les
pierres
Puis se terraient sous les
kermès,
Et comme un papillon voletait ta
promesse
Aux battements de tes paupières.
Etendu, et
fixant des verts cyprès la cime,
Flèche infléchie
infiniment,
J’écoutais sur ton sein pendant un long
moment,
De nos deux coeurs l’onde unanime.
Suspendue à ce bruit, sous la torpeur
exquise
Où se venait mourir le
monde,
Tu respirais sans fin l’haleine
vagabonde
Des genêts jaunes sous la brise.
Puis, soudain, bondissant dans l’envol de ton rire,
Debout, féline sous le lin,
Tendue pour une danse au son du
tambourin,
Tu
devenais mon hétaïre.
Comme elle recélait, la chevelure
blonde,
Ta prunelle aiguë sous sa treille,
Et comme rougissait sous le dard de
l’abeille
Ta gorge nue en grappe ronde !
Puis venait cet instant de sereine
candeur
Où ton regard devenait
vague.
On entendait au loin la rumeur d’une
vague
Qui surgissait des profondeurs.
Ainsi, heure après heure, étrangers sur la terre,
Près du ruisseau qui
se taisait,
Dans le creux de nos bras quand l’amour s’apaisait,
Les
pleurs faisaient
un doux mystère.
Dis-moi, te souviens-tu de ce temps-là, ma
douce,
Quand nous allions main dans la main,
Vers la berge ombragée, au pied du pont
romain,
Où coulait l’eau sur de la mousse ?