Le songe et l'enfant
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A propos...

 

 

D’où ruisselait ta douceur,

Matin de lumière ?

Simple, sous le vent berceur,

La rose trémière

Elancée dans le futur

Fleurissait au pied du mur,

Et créait d’un geste pur

La vie coutumière.     

   

Mais dans les rues, aucun bruit

De voix familières,

Ni rires clairs quand s’enfuit

L’essaim d’écolières,

Ni les ailes dans les cimes,

Ni leur envol  unanime

Dans un azur où s’imprime

Leur trace légère.

 

Non, rien qu’un grondement lourd

Comme un noir orage

Que propageait l’écho sourd

D’un combat  sauvage.

Car en ce printemps précoce,

Nous mourions de mort atroce

Sous les coups les plus féroces      

Et sous les outrages.

                 

Ils avaient brisé l'aurore,

        Refermé le piège,

Resserré pour nous enclore

L’étau de leur siège.

Et depuis comme des ombres

Nous errions dans les décombres

En lents cheminements sombres,

En mornes cortèges.

 

 

Mais j’aperçus l’enfant rêveur,

Couché au sol, plein de langueur,

Les joues si pâles,

Si esseulé dans sa détresse,

Frôlant son front, lente caresse,

De ses doigts sales.

 

  Je vis au bord du caniveau

La jambe nue crevant  la peau

Sous les haillons,

Gisant muet au bruit des bombes

Comme se meurt une colombe

Dans un sillon.

 

Je le vis frêle et décharné,

Les yeux mi-clos, désincarné,

Tête si blonde !

Sans une plainte et sans un pleur,

Comme étranger à son malheur,

Absent au monde.

 

Ils t’ont conduit sur ce trottoir

Comme l’on mène à l’abattoir

Les  innocents.

Pour t’infliger ce long supplice

Ils ont trouvé tant de complices

Indifférents.

 

Pauvre petit, pauvre squelette,

Ils ont détruit à l’aveuglette

Ta jeune vie,

Ton corps si doux et ton sourire,

Tes mots d’amour, l’éclat d’un rire

Inassouvi.

 

Qu’as-tu gardé sous ta paupière

Comme l’on garde une lumière

Pendant la nuit ?

Le mot venait du fond de l’âme,

Visage aimé que l’on réclame

Quand tout s’enfuit.

 

                   

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