Réflexions bouffonnes
© 2006 ---Tous les textes du site sont protégés par copyright SGDL --- (dernier dépôt le 27 Septembre 06)
Accueil
Masques
****Poésie I**** "Rêves"
***Poésie II*** "Rumeurs"
* * * Poésie III * * * "Musiques"
* * * Poésie Iv * * * "Pour ainsi dire"
* * * Poésie V* * * "Arcanes"
* * * Poésie VI * * * "Coeur à corps"
* * * Poésie VII * * * "Nostalgie"
* * * Poésie VIII * * * "Paysages"
A propos...
 

                       

 

             

            Je devrais me garder de tout mouvement d’humeur. Mais, rimailleur consciencieux, je supporte difficilement une certaine  poésie remplie de métaphores alambiquées, en une logorrhée d’images décousues qui veulent surprendre par leur originalité, mais ne font que déconcerter sans raison ni profit.

 

Prenons Paul Valéry. Non seulement il écrit des choses incompréhensibles de ce genre :

 

 

            « Dites !...J’étais l’égale et l’épouse du jour,

               Seul support souriant que je formais d’amour

               A la toute-puissante altitude adorée… » (Jeune Parque)

 

           Mais aux lecteurs qui se plaignent  d’un tel manque de respect à leur égard :

 

            « Mais enfin monsieur, je suis docteur ès lettres, et je n’y comprends rien » (Etudes littéraires),

 

           il affirme péremptoirement :

 

            « Mon Père l’a prescrit : j’appartiens à l’effort. » (Le philosophe et la Jeune Parque)

 

 

           Il leur conseille enfin :

 

 

            « Poème que je suis, à qui ne peut me suivre,

              Quoi de plus prompt que de fermer un livre ? » (Id)

 

    A-t-on jamais vu pareille insolence ? Devrait-on perdre son temps à réfléchir ? On ne s’étonnera pas de son admiration pour  un certain Stéphane, qui écrivait  de ces sortes de choses :

 

            « Tout Orgueil fume-t-il du soir,

               Torche dans un branle étouffée

               Sans que l’immortelle bouffée

               Ne puisse à l’abandon surseoir ! » (sans titre, I)

 

            Mais j’ai vu mieux, ou pire. Voici une perle que j’ai trouvée chez  René Char. On sait qu’il se réclamait d’Héraclite, surnommé l’Obscur. Tout un programme ! Je cite :

 

            « Qui fut messager de l’annonce ?

               La serrure sous l’infini de vos clefs

               Libéra un python ondulant dans sa nasse.

              Ne nous dites surtout pas : « Bonsoir. » (Quantique)

           

Parlerai-je maintenant de Saint-John Perse ? Encore peut-on pardonner à cet américain d’origine iranienne de ne savoir manier notre langue. Mais enfin, écrire ceci :

 

« Le cri ! le cri perçant du dieu sur nous ! » (Vents)

 

   Comme Montesquieu dirait : « Comment peut-on être perçant ? » Surtout quand on  est cri, en français de surcroît  !

 

   Ou encore ceci :

 

         «  Car le soleil entre au Lion et l’Etranger a mis son doigt dans la bouche des morts.  » (Anabase)

 

         Est-ce bien raisonnable ? Tous  ces auteurs ésotériques, que n’écrivent-ils en chinois ? Au moins pourrait-on recourir à un traducteur. Je trouve que c’est là un manque de considération pour le lecteur appliqué que je suis.

 

Combien je préfère ces poètes tellement intelligents que je comprends tout ce qu’ils disent. Ainsi de ce poème aux accents verlainiens :

 

                        «  Au clair de la lune

                            Mon ami Pierrot

                            Prête-moi ta plume

                            Pour écrire un mot.

                            Ma chandelle est morte etc. … » 

 

 

Plus que jamais "ce qui se conçoit bien s'énonce clairement ".

 

Réflexions bouffonnes
© 2006 ---Tous les textes du site sont protégés par copyright SGDL --- (dernier dépôt le 27 Septembre 06)