Quel vent de la rive océane
Les amène aux confins de la haute
savane?
Peints, revêtus de peaux et de plumes
bizarres,
Ils n’ont plus de visage et leur regard est
fou,
Puisqu'en sachet autour du
cou
Danse une
drogue de barbares.
Cependant que tu vas sur le chemin
poudreux
D’un pas léger, noire
sylphide,
L’air est si doux, ton cœur
limpide,
Et ton
enfant grandit au fond de toi, heureux.
Mais ils sont là, sombres,
terribles,
Avides d’infliger des souffrances
horribles,
Des sévices affreux, des actes
inhumains
Aux femmes affolées, aux fillettes
nubiles,
Aux garçonnets à l’air
gracile,
Proies
apeurées entre leurs mains.
« Toutes ces paumes nues contre
l’inévitable,
Ces
regards qui supplient, ces sursauts
d’animal
Au fond du
piège,
Tous ces corps dénudés distordus sous le
mal,
Dans le silence épais ces cris
épouvantables
Que rien
n’abrège,
Tous ces yeux agrandis sur qui l’azur se
clôt,
La tendresse des chairs que profane
l’immonde
Et l’innommable,
Et vers le dieu muet, absent à notre
monde,
La prière éperdue échappée en
sanglots
Insoutenables. »
Quand finit ton supplice à tant d'autres
pareil,
Ton jeune sang s’est épanché,
Ta main contient ton sein
tranché,
Et ton
fœtus, hors de son nid, gît au soleil.
Sous l’arbre immense en
parasol,
Quand l’ombre des vautours effleure au loin le
sol
Dans la brousse assoupie, un lionceau
candide
Déchire sans répit, de son museau
sanglant,
Le ventre ouvert et
pantelant
D’une
gazelle au corps splendide.
Fauve accroupi, regard insondable de
nuit,
Un grand félin alangui
veille,
Mais aucun songe en lui
n’éveille
Sa puissance repue de carnage et
d’ennui.